Une proposition de valeur ne se vérifie pas dans ce qu'on en dit. Elle se vérifie à ce qu'il en reste après la négociation.
Trois endroits, pas un seul
Une proposition de valeur se vérifie à trois endroits : ce que le client croit avoir acheté, ce qu'une autre personne que vous peut vendre sans le modifier, et ce que l'entreprise peut tenir sans exception permanente. Les trois peuvent diverger, et c'est cette divergence qui coûte cher, pas la formulation.
La réponse habituelle est connue : revoir le wording, simplifier l'accroche, reprendre le Value Proposition Canvas, mieux décrire la cible et ses problèmes.
Ce n'est pas faux, et il ne faut pas s'en moquer. Une promesse confuse, centrée sur l'entreprise ou trop générique rend réellement le choix plus difficile pour un acheteur. Travailler sa formulation fait gagner des affaires. La plupart des méthodes disponibles ont raison sur ce point.
Leur limite est ailleurs. Elles s'arrêtent au moment où la promesse est écrite. Or une formulation peut être excellente et ne décrire aucune réalité.
Trois tests
Le client explique-t-il la valeur reçue sans reprendre les mots de l'entreprise ? C'est la valeur perçue.
Vos commerciaux ont-ils besoin de remodeler l'offre pour être sûrs qu'elle passe ? C'est la valeur transmissible.
Les opérations et l'économie peuvent-elles tenir la promesse sans exception permanente ? C'est la valeur tenable.
Les deux premiers écarts sont largement documentés : ils relèvent du positionnement et du discours, et beaucoup d'auteurs les traitent bien. Le troisième l'est nettement moins. C'est aussi celui qui se répare le plus difficilement, parce qu'il n'est pas dans les mots. Il est dans les décisions prises affaire par affaire.
Le mécanisme dont on parle le moins
Dans une PME, l'écart commence souvent par la même chose : l'offre est refaite à chaque affaire pour être certaine de passer. Pas réécrite lors d'une refonte, mais reprise en cours de discussion, pendant que la négociation avance.
Cela ne se dit pas, cela se voit. Le client ouvre chaque échange par le prix. Il ne pose aucune question sur la méthode ni sur les conditions d'exécution. Il appelle quand il a besoin d'une faveur sur une date, et il l'obtient. Et à l'intérieur de l'entreprise, les commerciaux savent avant d'entrer en rendez-vous combien ils vont devoir lâcher.
À ce stade, la proposition de valeur n'est pas floue. Elle n'a pas été mal formulée. Elle a été remplacée par autre chose, et ce quelque chose s'est installé sans que personne ne l'ait décidé.
Une force qui change de nature
La souplesse est une vraie force de PME. Elle permet de reprendre un devis, de décaler une intervention, d'accepter une contrainte de dernière minute, de trouver une solution là où une organisation plus lourde répondra que ce n'est pas prévu au contrat. C'est souvent avec cela qu'une entreprise de taille moyenne gagne contre plus gros qu'elle, et il n'y a aucune raison d'y renoncer.
Le seuil est franchi lorsque l'adaptabilité cesse d'être un service rendu et devient ce que le client achète. À partir de là, la relation ne porte plus sur ce que l'entreprise sait faire. Elle porte sur ce qu'elle finira par accepter.
Le coût ne reste pas dans la remise
C'est l'erreur de lecture la plus fréquente. On regarde le point de marge cédé et on considère que le sujet est traité. Or la concession sort du devis et se répand dans le reste de l'entreprise.
Le dirigeant reprend une négociation en cours et cède sur quelques points pour être certain que le client signe. L'offre est réécrite, puis le prix revu. Un client impose une date alors que le planning est déjà plein, parce qu'il sait par expérience que l'entreprise trouvera une solution. Les équipes déplacent une intervention, réorganisent des déplacements et des hébergements, repoussent un autre client qui, lui, n'avait rien demandé.
Il y a un coût moins visible encore. Quand chaque affaire a ses règles, il devient impossible d'expliquer aux équipes qu'il existe une méthode, puisqu'il y en a autant que de clients. L'intégration d'un nouvel arrivant s'allonge. La délégation devient risquée. Et le dirigeant reste au centre, non pas parce qu'il veut y être, mais parce qu'il est le seul à connaître l'ensemble des exceptions en cours.
S'ajoute une habitude qui se prend vite : s'aligner sur le prix d'un concurrent sans savoir si sa structure de coûts ressemble à la sienne. Deux entreprises qui vendent la même prestation ne la produisent pas au même coût, pour des raisons parfaitement factuelles. S'aligner sans le vérifier revient à emprunter la marge d'un autre.
On ne cède pas que sur le prix
On cède aussi sur les conditions, et cela n'apparaît sur aucun devis.
Une prestation peut être parfaitement faisable, et l'offre disait vrai. Mais elle chiffrait l'acte technique, pas les conditions de sa réalisation. Un incident en cours d'exécution, une manutention très supérieure au prévu, un délai qui glisse pendant qu'une échéance contractuelle ne bouge pas, une facture complémentaire réclamée, une relation commerciale abîmée.
Le savoir-faire n'était en cause à aucun moment. Le périmètre de l'engagement, si. Un dirigeant ne peut pas anticiper l'incident précis, c'est vrai. Il peut décider qui porte la classe de risque, et l'écrire dans l'offre. Ce n'est pas de la prévision, c'est un arbitrage commercial. Et c'est un arbitrage qui, lui aussi, se renégocie à la baisse quand il faut emporter l'affaire.
Ce que fait une limite posée
À l'inverse, refuser une remise en expliquant calmement son prix et ses conditions de paiement ne détruit pas nécessairement la relation commerciale. Cela peut la définir. Le client apprend en une conversation ce que l'entreprise vend et à quelles conditions. Il pourra ne pas acheter. Il saura au moins ce qu'il n'achète pas.
Les entreprises dont l'offre tient sans leur dirigeant se reconnaissent à autre chose qu'à leur discours. Leurs modes opératoires sont écrits, leurs conditions de vente sont stables, et les exceptions y sont des décisions tracées plutôt que des arrangements. La promesse ne dépend plus de la présence du dirigeant dans la pièce, parce qu'elle a cessé d'être une position de départ.
Le critère
Une proposition de valeur tient lorsqu'une partie a été déclarée non négociable, et que le reste ne dépend plus de qui mène l'entretien.
Ce n'est pas une affaire de fermeté de caractère. C'est une décision de direction, prise une fois, écrite, et connue de ceux qui vendent.
De vos trois dernières affaires signées, combien l'ont été sur ce que vous savez faire, et combien sur ce que vous avez accepté ?
S.O.L. Consulting travaille avec des dirigeants de PME sur la cohérence entre ce qu'ils vendent, ce qu'ils livrent et ce que cela leur coûte.
©S.O.L. Consulting
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